ALEH DEJJ EN DEMI TEINTES
Été soixante-treize, la première promotion de Aleh DEJJ arrive à Netanya. Il s’agit du premier groupe venu en Israël avec l’idée d’y créer un mouvement d’éducation populaire, dans l’esprit de ce qui fut réalisé au Maroc et en France. On parle d’une vingtaine de jeunes qui passeront cette première année à étudier l’hébreu, en vue de poursuivre des études universitaires en éducation et en sciences sociales. Cette première promotion sera, en quelque sorte, la courroie d’entrainement à la venue d’autres groupes, les années suivantes. C’était le projet de cette Alyah pour aider le Peuple. Sur le terrain, la réalité fut autre.
Se succédèrent deux autres promotions. Celle de l’été soixante-quatorze, composée d’une petite dizaine de participants et celle de l’été soixante-quinze, avec quatre ou cinq Dejjistes de Toulouse. La Alyah pour aider le Peuple se résumera, à toutes fins pratiques, à une trentaine de jeunes qui vivront ensemble à Jérusalem, entre l’université et l’intervention socio-éducative auprès des enfants et adolescents des quartiers défavorisés de Shmuel Hanavi, Muskhara et Katamon. Cette aventure durera quatre ans, le temps des études et l’obtention des diplômes universitaires. Animation des ludothèques et des kermesses de fin d’année, participation à la reprise en main des quartiers par les résidents, organisation de centres aérés, création d’un foyer pour adolescents et formation des grands-frères.
À aucun moment, au cours de ces années, nous n’avons reçu la moindre manifestation d’encouragement, de soutien ou de reconnaissance de la part des dirigeants du DEJJ, pas même de ceux qui avaient pensé, articulé et promu ce projet, comme si ce projet n’avait jamais compté, voire existé. À vrai dire, nous n’en n’avions cure. Nos expériences personnelles au DEJJ ayant davantage servi de terreau à l’émergence d’une trame faite de connivence et de partage, trame tissée aux fils de l’insouciance, la complicité et l’amitié. Pour nous, le projet Aleh DEJJ se résumait à une bande de jeunes idéalistes, vivant en communauté, persuadés d’écrire une page d’histoire par l’action sur le terrain. Mais pas que.
Durant ces années, nous avons eu moult discussions et débats sur l’après. Après nos études, que faire ensemble et où ? Débats épiques et âpres discussions entre les tenants de l’installation dans le sud du Pays, à Netivot, Sderot ou Ofakim, n’importe laquelle de ces villes de développement où, à leurs yeux, il y avait tout et tant à faire. Pour d’autres, et pour les mêmes raisons, c’est plutôt au nord, à Tsfat/Safed qu’il fallait s’établir.
Étonnamment, à aucun moment, nous n’avons pensé à nous, à nos perspectives d’avenir professionnel, nos carrières, voire notre confort personnel, notre style ou mode de vie. Une sorte d’effacement de l’individuel au profit de l’amélioration des collectivités locales. Cette question de l’après se poursuivra jusqu’à l’invitation d’aller « voir sur place ». Visite organisée à Tsfat/Safed et de ses infrastructures éducatives et sociales, identification des potentialités de cette ville, de ses atouts et avantages, possibilité d’acquérir une parcelle de terrain dans le cadre du projet « construis ta maison », opportunités professionnelles et perspectives de carrières. Une aventure humaine que plusieurs relèveront en s’y installant. Cette aventure humaine, page importante du projet Aleh DEJJ, reste à écrire.
Après plusieurs années, les aléas de la vie ont fait que la quasi-totalité d’entre eux ont quitté Tsfat/Safed pour s’installer à Haïfa, Tel-Aviv, Jérusalem et autres villes du Pays. Chacun dans son domaine a réussi. Tous ont créé foyer et fondé famille. Réussite dans la vie et vie réussie, tel pourrait résumer ce que fut Aleh DEJJ pour cette trentaine de jeunes que nous étions, entre l’été soixante-treize et l’été soixante-seize. Malgré les années, chaque retrouvaille nous ramène inexorablement à Shmuel Hanavi et à nos vingt ans. C’est sans doute cela aussi Aleh DEJJ.
Maurice CHALOM – MACH
Aleh DEJJ été soixante-quatorze
Janvier 2026