SOUVENIRS DE JEUNESSE :
la naissance du DEJJ et la mixité communautaire
Après la 2ème guerre mondiale, les survivants ashkénazes étaient rares, ils fréquentaient peu les synagogues, mais la crainte de l'assimilation était forte et il manquait des structures communautaires destinées à leurs enfants. La création du DEJJ fut donc la bienvenue.
A l'époque, les lycées n'étaient pas mixtes et les garçons juifs parisiens se répartissaient, principalement, entre les lycées Charlemagne, Voltaire et Turgot. C'est dans ce dernier que mon frère Michel et moi nous rendions chaque matin depuis la Place des Fêtes, en empruntant la ligne 11 du métro (la première à être sur pneus).
Quand nous avons été informés par des camarades, en 1963, de la création du Centre Communautaire, c'est donc régulièrement que nous avons commencé à parcourir à pied le chemin entre notre lycée de la Rue Turbigo et le Boulevard Poissonnière. Le trajet commençait par une halte Place de la République chez la kiosquière antisémite à laquelle nous demandions le journal L'Humanité afin de l'entendre nous hurler que nous devions aller l'acheter dans nos synagogues...
Dès nos premières rencontres avec le couple Elalouf, nous avons été briefés sur la philosophie du DEJJ, et de sa filiale pour jeunes, la JAC : le mouvement se voulait apolitique et il n'empiétait pas sur les organisations sionistes. Les groupes étaient mixtes, ce qui accroissait leur intérêt pour favoriser les rencontres du sexe opposé, et, pour la plupart d'entre nous, ce fut la 1ère fois que nous rencontrions des jeunes de notre âge rapatriés d'Afrique du Nord, et souvent installés dans des banlieues.
On était répartis par tranches d’âge, car, pour des adolescents, ceux qui, comme moi, étaient nés en 1947 n'envisageaient même pas un instant des loisirs communs avec des jeunots comme mon frère, né en 1950. Et pour superviser la JAC, il y avait, par exemple, des vieux d'environ 20 ans, comme Alain Elbaz et Michel Fulop. Pour ma part, à seulement 17 ans, je fus nommé chef de groupe, en compagnie de Gérard Bruskier et de Max Guénine. On nous laissait une grande autonomie pour le choix de nos activités, et j'ai donc organisé une rencontre avec l'Union Chrétienne de Jeunes Gens de la Rue de Trévise ; mais, par contre, quand j'ai souhaité contacter, pour une réunion, un mouvement de jeunesse sioniste, la direction a mis le hola...ce qui n'a pas empêché, par la suite, Gérard, Max et moi de faire notre alya. Et quand David Ben Gourion est venu à Paris pour rencontrer la jeunesse juive au cinéma Le Rex, c'est mon frère qui a été choisi pour faire le discours d'accueil, avant d'immigrer lui-même en Israël en 1975, et de mener une carrière militante et philosophique sous le nom israélien de Michael Bar Zvi.
En novembre 1966, j’ai échangé mon poste de chef de groupe de la JAC contre un uniforme de soldat français, ce qui m’a posé un problème de conscience en juin 1967, au moment de la guerre des 6 jours, car pour venir manifester sur les Grands Boulevards, il fallait obligatoirement que je sois en civil ; par contre, quand un office a été organisé à la synagogue de la rue de la Victoire, j’ai pu y assister en uniforme, avec des soldats juifs de mon unité.
Quand j’ai terminé mon service militaire, en mars 1968, j’avais 21 ans et j’étais donc trop vieux pour la JAC, et les activités proposées ne m’intéressaient pas. J’ai donc quitté le DEJJ, mais pas les nombreux amis que je m’y suis faits, et à ceux de mon groupe se sont joints ceux de mon frère, car alors les différences d’âge n’étaient plus un obstacle.
Avec le recul, je pense que les responsabilités qui m’ont été confiées très jeune, à la JAC, ont contribué à forger ma personnalité et m’ont donc aidé plus tard dans ma vie professionnelle et sociale. De plus, les amitiés que j’y ai nouées restent un pilier important de ma vie actuelle…et future.
Albert Herzly (anciennement Herzlikowicz).
JAC Paris