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Témoignages

LA TRANSMISSION, C’EST AUSSI DU VÉCU — La Saga
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LA TRANSMISSION, C’EST AUSSI DU VÉCU

👤 Edgar GUEDJ - Lynclair Le Visionnaire 📅 2000

LA TRANSMISSION, C’EST AUSSI DU VÉCU

 

Impossible de parler de cinquante ans de FSJU et de judaïsme français sans évoquer les Centres communautaires et le Département d’éducation de la jeunesse juive, plus connu sous le nom de DEJJ. En fait, s’il y a eu un instrument de la réussite de l’intégration des 250 000 Juifs d’Afrique du Nord depuis les années 60, ce sont bien ces deux réalisations uniques en leur genre et qui ont su aller à la rencontre des Juifs de France là où le vent d’une histoire parfois tragique, comme pour l’Algérie, les avait dispersés. Car les grandes heures du centre du 19, bd Poissonnière à Paris ne doivent pas faire oublier ce qui s’est construit dans les banlieues et les régions.

Les centres, leur force, leur vitalité, leur chaleur, ce ne sont jamais des murs ou des bâtiments, c’est d’abord un état d’esprit qui a su répondre aux attentes de Juifs, jeunes et moins jeunes, transplantés et en quête d’affiliation qui harmonise l’héritage apporté de l’autre rive de la Méditerranée et la modernité républicaine, mais un peu froide, du pays d’accueil. Préparer cette adaptation, offrir à la jeunesse déracinée des repères et une perspective à la fois profondément juive et authentiquement citoyenne : cela doit être mis au crédit des dirigeants du Fonds social qui, dès la fin des années 50, ont su anticiper ce qui allait se passer, et des équipes, on pourrait dire des task forces qu’ils surent mobiliser. Au cœur de ce dispositif, un homme joua un rôle central : Edgard Guedj.

Du personnage, il se dégage à la fois une autorité naturelle et une ambition inspirée. Connu et reconnu, il l’est dans la communauté où l’on parle de lui toujours avec respect, souvent avec affection, comme Lynclair, son totem d’Éclaireur israélite. Les EI, c’est l’autre famille d’Edgard Guedj, c’est là où il a beaucoup appris, et beaucoup transmis. En Algérie, où il est né avant-guerre, puis au Maroc, son premier pays d’adoption. « Mais attention, explique-t-il, les EI avaient été créés pour endurcir les enfants de la bourgeoisie, alors qu’en Algérie, et plus encore au Maroc, il fallait transmettre une culture à des jeunes venus de milieux parfois très pauvres. » Il est impossible de comprendre l’action d’Edgard Guedj et de ses équipes sans la replacer dans le contexte plus large du mouvement d’éducation populaire venu tout droit des espoirs du Front populaire et de la Libération.

Aussi en France, au début des années 60, avec son équipe venue du Maroc – c’est lui qui l’a exigé –, va-t-il mettre en œuvre un de ses principes d’action : « la transmission, dit-il, ce n’est pas seulement des idées, mais aussi du vécu. » Et ce sera, dans la foulée, les centres communautaires, le DEJJ, les intercommunautaires et le premier Fonds d’investissement pour l’éducation. Des réalisations d’une ampleur telle que certains ont craint qu’elles ne finissent par constituer une sorte d’état dans l’état communautaire.

Aujourd’hui, ces craintes sont dissipées. Et alors qu’il est beaucoup de maisons du citoyen dans certains quartiers, on a envie de dire : « Regardez ce qu’ont fait Edgard Guedj et ses équipes, avec le soutien du FSJU, et inspirez-vous de ces maisons du judaïsme où se sont rencontrés pendant plus de trente ans toutes les dimensions de la vie juive. Beaucoup de jeunes apprennent leur métier de femmes et d’hommes responsables, à la fois enracinés dans leur culture et dans la Cité ». Pour parler d’Edgard Guedj, on a utilisé les termes de « chef » ou de « gourou », et il est vrai que, pour beaucoup, il a un indéniable charisme, une aura qui en d’autres temps fut la marque des rois ou des prophètes. Ici, on aimerait plutôt dire de lui que c’est un mensch, mot en yiddish qui signifie un homme tout simplement, fait de générosité et de courage.

 

Extrait du livre

LES 50 ANS DU FSJU - Page 91

 

Galerie Souvenirs

Lvre 50 ans FSJU
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