LE TOURNANT DE QUIMPER :
NAISSANCE D’UNE VOCATION COMMUNAUTAIRE
J’avais environ dix-huit ans, et j’habitais encore à Brest. Je venais de terminer mon BAFA pour être monitrice de colo avec les Éclaireurs Israëlites (Nous avions monté une petite troupe à Brest, et nous étions en contact avec les EI de Nantes et de Rennes).
Au mois de juillet 1968, j’avais pris un petit boulot d’étudiant dans un magasin de vêtements à Brest. J’ai reçu un coup de fil d’Esther Abitbol qui avait eu mes coordonnées par Reine Koloboff, alors directrice aux E.I. « Bonjour Michèle, nous avons un énorme problème. Nous avons organisé avec le DEJJ de Lyon une colonie de vacances à Quimper. La directrice de la colo, dont les parents étaient rescapés de la shoah, vient de nous annoncer qu’elle ne pourrait pas faire cette colo. En effet, le DEJJ a loué une école à Quimper, avec de nombreux crucifix dans tous les locaux. Cette jeune femme dont je ne me souviens plus de son nom (je ne l’ai même pas rencontrée) a eu des angoisses liées à la Shoah et a renoncé à faire cette colonie de vacances. Peux-tu, le temps que nous trouvions un directeur, aller à Quimper et prendre le relais ».
J'ai bien évidemment accepté, d'autant plus que je venais de m'acheter ma toute première voiture quelques mois plus tôt. Le surlendemain est arrivé un jeune directeur, Loulou Cohen Zardi d’Annecy que je ne connaissais pas. Et nous voilà partis tous les deux à « rattraper » cette colo, ma première expérience de monitrice. Le début d’une longue carrière de monitrice puis de colonies de vacances après deux années passées en Israël pour ma « première alya ».
A mon retour à Paris, je suis rentrée au CCVL et j’y suis restée plus de vingt ans. Cette colo a marqué un tournant décisif dans ma vie.
Ce qui devait être une simple expérience estivale est devenu une véritable révélation. Au contact des enfants, j'ai découvert le bonheur de transmettre, d'organiser, d'animer et de créer du lien entre les personnes.
Cette aventure m'a appris le sens des responsabilités, l'écoute, la solidarité et l'engagement. Jour après jour, elle a nourri en moi une passion profonde pour l'action collective et le service à la communauté.
Avec le recul, je réalise que cette première colonie a été la pierre fondatrice de tout mon parcours. Elle a forgé ma vocation et inspiré les nombreuses activités communautaires auxquelles j'ai consacré mon existence, mon énergie et mon enthousiasme au fil des années. Une expérience inoubliable qui continue encore aujourd'hui à éclairer mon chemin.
En 2007, après m'être installée à Ashdod, j'y ai rencontré d'anciens cadres du DEJJ, des EI et des Centres Communautaires. Ensemble, avec le soutien de l’Union Intercommunautaire, nous avons participé à la création de l'Espace Francophone en Israël. Ce projet de longue date, cher à Lynclair, avait initialement été évoqué à Paris, lors d’un symposium du DEJJ à la Maison de la Chimie intitulé « La francophonie amie d'Israël », une journée dédiée au soutien d'Israël et de la francophonie.
Michèle HASSOUN
ESPACE FRANCOPHONE ASHDOD
Juin 2026